Milei s’oppose à l’adhésion de l’Argentine aux Brics, mais n’osera pas l’annuler (expert)
PARIS, 23 novembre. /TASS/. Il est désormais clair que l’élection de Javier Milei peut compromettre l’entrée de l’Argentine dans les Brics, entrée qui était prévue pour les 1er janvier de l’année prochaine. Cependant, les intérêts économiques de Buenos Aires exigent que cette adhésion, même si elle est repoussée, ne soit pas annulée. Notamment, l’Argentine fait une partie importante de son commerce avec la Chine et ne peut se permettre d’y mettre fin, compte tenu de sa dette libellée en dollars, qui représente « un boulet qu’elle traîne depuis environ vingt ans ». C’est ce qu’a expliqué Jacques Sapir, spécialiste de l’économie mondiale et directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris, dans une interview à TASS.
« Le nouveau président argentin s’oppose en effet à cette entrée à la fois pour des raisons politiques – il est très aligné sur les États-Unis – mais aussi pour des raisons idéologiques. Il se proclame un économiste libéral, dans la tradition de Hayek et von Mises, et il s’oppose donc à toute forme d’organisation économique qui ne soit pas directement liée au marché », a précisé l’expert.
En outre, selon M. Sapir, il est peu probable que Javier Milei ose gâcher les relations avec le Brésil, qui est un des membres fondateurs des Brics, d’autant plus que le nouveau chef de l’État ne dispose pas de la majorité au parlement et, par ailleurs, ne peut pas espérer « que les États-Unis, déjà bien occupés au Moyen-Orient et en Ukraine, le soutiennent autrement qu’en mots et en déclarations ».
« Et il est de toute manière très rare que des positions prises durant une campagne électorale survivent au choc avec les réalités économiques ou sociales », rappelle l’expert.
Pour ce qui est de la conjoncture économique, la dollarisation de l’Argentine, quelque chose qui n’a pas été fait en Amérique latine à l’exception de l’Équateur, pose un problème évident pour un pays qui commerce en fait assez peu avec les États-Unis, a-t-il noté. Ainsi, d’après Jacques Sapir, cette initiative « ressemble plus à une promesse démagogique de campagne électorale qu’à autre chose ». « Quant à l’utilisation du Bitcoin, c’est un serpent de mer souvent invoqué par les ultra-libéraux mais qui se heurte à l’opposition des grandes banques centrales de la planète », a conclu l’interlocuteur de TASS.
Pour rappel, le second tour de l’élection présidentielle a eu lieu dimanche dernier en Argentine. Javier Milei, qui dirige le Parti libertarien, faisant partie de la coalition de droite La liberté avance, a remporté la victoire face au ministre de l’Économie, Sergio Massa.
Formé en 2006, le groupe des Brics était initialement composé de quatre pays: Brésil, Russie, Inde et Chine. L’Afrique du Sud a rejoint l’association en 2011. À l’issue du 15e sommet des Brics qui s’est déroulé du 22 au 24 août à Johannesburg, un élargissement du groupe a été annoncé: l’Argentine, l’Égypte, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et l’Éthiopie y seront intégrés à partir du 1er janvier 2024.
